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Des microdistilleries et microbrasseries unies contre la pénurie de gel désinfectant

Des microdistilleries et microbrasseries unies contre la pénurie de gel désinfectant

 

Depuis quelques semaines, plusieurs brasseurs et distillateurs se sont dotés d’une nouvelle mission, celle de fabriquer un produit devenu rare et précieux en ces temps de crise: le gel désinfectant.

Nombreux sont ceux qui ont applaudi la décision de Nicolas Duvernois, fondateur de Pur Vodka, d’arrêter sa production pour fabriquer du désinfectant à mains en partenariat avec le cidriculteur Michel Jodoin, de Rougemont, en Montérégie. Mais de plus petites entreprises mettent, elles aussi, la main à la pâte.

Au bord de la rivière St-Charles, dans le quartier Limoilou de Québec, les employés de la distillerie Stadaconé ne chôment pas. Grâce à un stock d’alcool constitué avant la crise, la petite entreprise a réussi à produire plus de 3000 litres de gel désinfectant, qui ont ensuite été vendus à des hôpitaux, cliniques, résidences pour personnes âgées, corps policiers, épiceries, pharmacies, compagnies de transport et foyers d’accueil de la région.

À partir de la mi-mars, plusieurs intervenants des services essentiels, qu’il s’agisse de médecins, pharmaciens ou infirmières ont interpellé la distillerie afin de savoir si elle prévoyait produire du désinfectant. «Cela nous a montré à quel point il y avait un réel besoin, lance le directeur de Stadaconé, Jean-Pierre Allard. C’est important que notre entreprise joue un rôle de citoyen responsable qui aide sa communauté, donc toute l’équipe était très enthousiaste de pouvoir aider.»

Il a fallu agir vite et bien, selon M. Allard. D’abord pour choisir une recette, puis pour créer une étiquette, obtenir une licence de l’Agence du Revenu du Canada et enfin faire approuver le site de production ainsi que le produit et l’étiquette par Santé Canada. «Toutes ces étapes ont pris près de deux semaines, mais par rapport aux délais habituels, ça a été fait en un temps record, ajoute-t-il. Les fonctionnaires ont travaillé très fort, j’ai même reçu un appel un dimanche matin pour que je fasse une modification à un formulaire.»

Crédit: Stadconé.

Alors que l’alcool neutre à 95% est en pénurie partout au pays, Stadaconé est actuellement limitée à produire 600 litres par semaine.

Du côté des brasseurs

Il y a un mois, Jonathan Robin, propriétaire de la microbrasserie Le Bilboquet et de la Distillerie Noroi a dû se séparer de 70% de son personnel. «J’avais le choix de tout arrêter, ou bien de rebondir en fabriquant du gel», raconte-t-il.

Quelques semaines plus tard, ses deux établissements fabriquaient ensemble 50 000 litres de gel hydroalcoolique approuvé par Santé Canada, en collaboration avec l’entreprise JEFO nutrition qui a fait don de glycérine et d’hydroxypropyl cellulose. Leurs grains ainsi que de vieilles bières sont désormais utilisés comme base pour la fabrication d’alcool. L’association des agriculteurs du Québec a même fait don de sirop d’érable pour la cause.

La production a été donnée en partie à des organismes à but non lucratif, et vendue à des services essentiels, aux hôpitaux ainsi qu’à divers paliers gouvernementaux. Une entente vient d’être signée avec les épiceries Métro, Brunet ainsi que Super C, pour distribuer le gel dans tout le réseau d’ici deux semaines.

«Notre gel est de bonne qualité, il est très apprécié, car il assèche moins les mains, souligne Jonathan Robin. On veut percer le marché à l’année longue avec un prix compétitif.» Le produit est 100% local puisque même les bouteilles et les étiquettes sont fabriquées au Québec.

Si la vente de bières et spiritueux a diminué, le gel a compensé les pertes. «Je me trouve chanceux d’avoir eu cette béquille pour passer à travers», témoigne le propriétaire qui a pu rappeler une bonne partie de ses employés pour sa nouvelle production. 

Courtoisie Le Bilboquet.

Voilà déjà plus de trois semaines, la microbrasserie Pit caribou s’est associée avec Société Secrète, une distillerie artisanale de Percé, pour mettre au point deux produits antiseptiques, un gel à mains et un liquide pour désinfecter les surfaces. Le Pit Caribou a la capacité de produire 20 000 litres de moût par semaine et se charge de la distribution dans le réseau.

«Actuellement, on est capables de faire 1200 litres de désinfectant par semaine, et on continue à faire de la bière à côté, informe Jean-François Nellis, co-propriétaire du Pit Caribou. Ça s’écoule assez bien pour le moment.» Les nouveaux associés desservent en priorité le réseau de la santé, puis ensuite les entreprises.

Contrairement au Bilboquet et à la distillerie Noroi, Jean-François Nellis ne souhaite pas continuer à produire du désinfectant sur le long terme. «Nos installations ne sont pas idéales à long terme au niveau de la productivité, la rentabilité, la santé et sécurité, explique-t-il. On ne veut pas qu’il y ait un risque de contamination croisée entre la bière et l’alcool.»

Le Pit Caribou connaît une perte de 40% de revenus liée à la crise, alors que les pubs de Percé et de Montréal sont fermés. La fermeture des restaurants a aussi été un coup dur, alors qu’ils représentent une manne pour la vente de fûts. «On s’attend à avoir des pertes encore sur un an et demi au moins, estime M. Nellis, qui tente de rester positif toutefois. On a maintenant le temps de se concentrer sur plein d’autres projets.»

Entre autres, et c’est une info détenue en primeur par Baron Mag, le Pit Caribou vient tout juste de débuter une collaboration avec la radio locale pour faire la promotion des restaurateurs du coin. Un nouvel onglet sera créé sur le site web de la microbrasserie et d’ici la fin du moins de mai, une fois par mois, une chronique radio sera dédiée aux «recettes du Pit». Un concours saisonnier sera également organisé pour les fans de l’établissement gaspésien.

La brasserie et distillerie Champ Libre, à Mercier, a elle aussi voulu rejoindre le mouvement solidaire. Elle est actuellement en attente du permis de fabrication d’alcool antiseptique délivré par le gouvernement fédéral.

La situation financière difficile liée à la COVID-19 est le lot de bon nombre de brasseries au Québec, bien que certaines puissent continuer la production destinée aux épiceries et aux dépanneurs. L’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) a d’ailleurs lancé sa campagne #BuvonsMicro pour «inciter les consommateurs à choisir des bières de microbrasseries produites au Québec par des gens passionnés qui créent des emplois ici et font vibrer nos régions.»

➡️ Gelamain

Six microdistilleries québécoises se sont réunies sous le nom de Regroupement Gelamain Québec pour produire 25 000 litres de désinfectant à mains, soit l’équivalent de 125 000 bouteilles de 200 mL. Ces produits seront distribués gratuitement dans le réseau de la santé et dans d’autres services jugés essentiels.

Breuvages Trybec (Cowansville), la Distillerie 3 Lacs (Valleyfield), la Distillerie La Chaufferie (Granby), la Distillerie Cirka (Montréal), la Distillerie Fils du Roy (Saint-Arsène), la Distillerie Vice & Vertu (Québec) et la Distillerie de Québec (Québec) sont les producteurs initiaux du groupe.

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