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Marie Steffens, brasseuse et propriétaire de la brasserie Marabout

Marie Steffens, brasseuse et propriétaire de la brasserie Marabout

Qui êtes-vous et quel est votre parcours?

Je m’appelle Marie Steffens, mère de famille de 38 ans. Après des études de secrétaire de direction spécialisée dans le médical, j’ai travaillé durant 14 ans en tant que secrétaire médicale. Au fil du temps, ce travail m’a lassée et les conditions de travail se sont dégradées. Tout en conservant ce travail de secrétaire, nous avons créé avec mon mari et un ami, une société d’épuration des eaux et d’électricité, mais la société n’a fait que vivoter, car il y avait trop de concurrence de la part des grosses firmes qui sous-traitent le travail à des sociétés étrangères. 

Presque sur un coup de tête, nous avons pris la décision de changer radicalement de vie, de vendre la maison et de quitter la Belgique. Il y a 4 ans 1/2, sur un coup de cœur, nous avons donc acheté une maison au centre de la France. Elle est encore en rénovation. J’ai travaillé en intérim quelque temps et comme c’est une région où les initiatives sont fort soutenues, j’ai été encouragée à me lancer comme indépendante et j’ai pu bénéficier de toutes les formations nécessaires durant mes périodes de chômage. C’est donc ainsi qu’il y a un an maintenant est née la brasserie Marabout.

Votre emploi et titre actuel?

Actuellement, je suis installée en micro-entreprise, c’est un statut intéressant pour les premières années d’activité. C’est une activité en nom propre, donc je suis artisan brasseur.

Dans quelle ville?

La brasserie se situe dans une annexe de mon habitation à Marat, c’est un petit village dans le département du Puy-de-Dôme.

Un mot pour définir quel type de travailleuse vous êtes…

Un mot, c’est un peu juste pour me définir, mais je pense que judicieuse peut me convenir.

D’où vient votre intérêt pour la microbrasserie?

Là ce sont clairement mes origines les coupables, étant belge, je suis née au pays de la bière et j’ai pu en déguster des centaines. Mieux vaut un bon verre de bière certes plus cher que cinq verres de pisse de chat. Arrivée en France, on peut dire que j’ai été plus que déçue du peu de choix proposé, d’où l’idée de pallier à ce manque.

Qu’est-ce qui rend votre bière unique?

L’eau! Chacun sait que la qualité et la composition de l’eau jouent un rôle important dans la fabrication de la bière. On peut faire la même recette, mais avec de l’eau d’origine différente, le résultat sera différent. J’ai l’immense chance d’être dans un village où l’eau du robinet est de l’eau de source des montagnes avoisinantes absolument non traitée et plutôt acide. L’idéal pour faire de la bonne bière.

Et puis mes recettes aussi: des bières douces et aromatiques.

Quelle est la taille de votre brasserie?

En fait j’ai une nano brasserie de 100l et 4 fermenteurs, ce qui me permet de pousser ma production jusqu’à 96 hl par an. Ce que je n’ai pas encore atteint, actuellement j’ai une moyenne de 50 hl à l’année, mais c’est encore en croissance.

Quels outils sont essentiels à votre vie?

Alors là je suis plutôt vieille école: une boite courriel, une page Facebook, les process sur Word et les feuilles de calcul sur Excel (gestion stock, approvisionnements…).

À quoi ressemble votre espace de bureau?

Comme je travaille à domicile, c’est la zone bureau familiale dans le salon et un espace classeurs et documents sur une étagère aux côtés de la paperasse privée. La maison étant en travaux, l’espace occupé est restreint et commun.

Avez-vous une façon d’organiser vos journées afin d’optimiser votre travail?

Je suis du genre, plus tôt on commence, plus tôt on finit. Je mets l’eau à chauffer à peine levée et durant ce temps, je prends mon petit déjeuner tranquillement avant d’attaquer l’empattage. J’ai composé mes fiches de brassage, et à chaque étape, les durées sont notées, ce qui me permet durant les phases de chauffe et les paliers de brassage, de retourner dans la maison et y faire soit de l’administratif, soit du ménage… Quand tout se passe bien à 17h j’ai tout bouclé et je peux me consacrer à ma famille.

Quels «trucs» conseilleriez-vous pour améliorer la productivité?

Personnellement, je ne suis pas du genre à dire qu’il faut se tuer à la tâche et courir dans tous les sens, je pense que c’est contre-productif. C’est plutôt dans l’organisation que tout se joue. Bien suivre son stock pour prévoir les commandes assez tôt, avoir un plan B et le temps de se retourner en cas de pénurie. Avoir des fiches détaillées pour tous les process. Des feuilles de calcul pour faciliter les déclarations aux douanes, voir ce qu’il y a à commander, adapter la production au type de bière qui sera le plus demandée en fonction de la période de l’année. Combiner les trajets livraison/approvisionnement, livraison/courses personnelles.

Vous êtes meilleure que vos collègues de travail pour…

Alors là je travaille seule! Mais je dirais par rapport à mes expériences passées pour mon assiduité. Je n’aime pas m’ennuyer, donc quand je suis au travail, je bosse!

Comment contrôlez-vous la croissance de votre microbrasserie?

J’évite de voir trop grand, car c’est une toute petite structure et je ne souhaite pas me discréditer par des défauts d’approvisionnement de gros distributeurs. Je passe donc plutôt par des restaurants, cafés, petites boutiques, bars associatifs, marchés hebdomadaires et vente directe.

Dans un premier temps, en cas de risque de défaut d’approvisionnement, j’espace ma présence sur les marchés hebdomadaires, surtout ne pas lâcher ses distributeurs.

Et surtout, en hiver lorsque la saison est basse pour la vente de bière, j’en profite pour préparer un gros stock en vue de la belle saison. Lorsque cela ne suffira plus, j’investirai dans un 2e équipement de plus grosse capacité.

Quelles votre stratégie pour faire connaitre votre bière? 

Pour me faire connaître, j’ai surtout misé sur la rencontre de la clientèle à travers les marchés hebdomadaires, les événements du type fête de la bière dans tel ou tel ville ou village à proximité, les marchés de Noël, de producteurs, et oui toujours des dégustations proposées.

Dans la région où j’habite, c’est le bouche-à-oreille qui fonctionne le mieux en tant que publicité, donc quand un client apprécie le produit il en parle à ses voisins, amis, collègues qui deviennent à leur tour clients. Ensuite, il y a les touristes qui aiment s’approvisionner sur les marchés de producteurs en été pour ramener des produits locaux, il faut y être.

À propos du design, qu’est-ce que votre image de marque reflète?

Alors, je dirais que c’est féminin sans être sexiste ni stéréotypé, coloré et joyeux.

Sur mes étiquettes, je voulais des femmes dont la couleur des cheveux représentait la couleur de la bière. On s’est donc tourné vers des dessins plutôt de type BD. L’idée était aussi que mes étiquettes et le thème de fond soient réalisés par un artiste afin de promouvoir ses créations et inciter les gens à s’intéresser à ses œuvres.

Pour la suite, le design est susceptible de changer, car j’aimerais promouvoir d’autres artistes. Afin de faire ça en douceur, je débuterai par les bières saisonnières et je garderai le graphisme.

Comment et par qui le design a-t-il été conçu? 

Le design a été conçu par un ami Guillien Guinefort qui est artiste peintre et qui a une formation de designer.

Qu’est-ce qui vous inspire et vous motive à aller au travail chaque jour?

C’est quand je repense au client qui goûte la bière et qui me dit «mmm c’est bon». Ça me met vraiment du baume au cœur et du coup je ne voudrais ni me priver de ça ni en priver le client. Quand les gens aiment ce que vous faites, ça vous incite à continuer et ça donne du courage lorsqu’on préférerait rester au lit!

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné?

«La patience est le maître mot du brasseur», et c’est bien vrai!

Quel est votre meilleur truc pour sauver du temps?

L’organisation et surtout préserver un jour par semaine sans travail, chez moi le dimanche.

Quels ont été vos plus grands défis en tant qu’entrepreneure?

Je dirais la partie commercialisation, vaincre ma timidité et justifier mes prix. Acquérir un discours cohérent et convaincant n’a pas été non plus facile, je suis modeste et ça ne facilite pas le fait de convaincre un client d’acheter ma bière plutôt qu’une autre. Je savais bien ce qu’il fallait dire, cependant face au client j’avais du mal à le formuler, mais après quelques salons, ça a disparu.

Quels seraient les conseils que vous donneriez à quelqu’un qui souhaite démarrer une brasserie?

Premièrement, réaliser plusieurs chiffrages, car il est important de savoir à quoi s’attendre selon que l’on voit petit ou gros. Plus la brasserie est grosse, plus l’investissement est important et plus il faudra produire et surtout vendre.

Deuxièmement, se faire un planning type sur l’année et le croiser avec le chiffrage: il faut penser que la partie commercialisation prend aussi beaucoup de temps. C’est important de ne pas se surcharger pour pouvoir tenir le coup sur la durée.

Troisièmement, prendre un temps pour créer quelques recettes avant le démarrage.

Quatrièmement, ne pas lésiner sur l’hygiène.

Et cinquièmement, ne pas standardiser les recettes. La microbrasserie ce n’est pas proposer la même chose que les autres, c’est exprimer et partager son goût et sa vision de la bière.

Avez-vous des nouveautés à venir?

Pour cet été, j’ai une bière blonde à la fleur de sureau fraîche.

À la fin d’une journée, quelle sorte de bière buvez-vous pour vous détendre?

Alors là, ça dépend. Lorsqu’il fait très chaud, une blanche bien fraîche, une journée classique c’est une blonde, lorsqu’il fait un peu froid, une rousse et lorsqu’il fait très froid une brune au coin du feu et lorsque j’en ai marre et que tout est vraiment fini: une triple.

Brasserie Marabout

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