Pendant des années, l’industrie de la boisson a parlé de convergence. En 2027, une annonce majeure pourrait bien marquer un tournant concret. Baron Mag écrit depuis plus de cinq ans sur la nécessité de cette collaboration et entretient également des discussions avec différentes associations du secteur au Québec et au ROC.
L’annonce selon laquelle la Craft Brewers Conference & BrewExpo America et CiderCon se tiendront conjointement à San Antonio, Texas, du 5 au 7 avril 2027, peut sembler à première vue relever de la logistique événementielle : deux grands rendez-vous de l’industrie partageant une même ville, des infrastructures communes et un calendrier aligné. Une optimisation rationnelle dans un contexte où les budgets de déplacement sont sous pression et où chaque participation à un salon doit être justifiée.
Mais cette décision va bien au-delà.
Elle reflète une réalité structurelle : l’industrie de la boisson ne fonctionne plus en catégories isolées.
La bière n’est plus uniquement de la bière.
Le cidre n’est plus uniquement du cidre.
Les producteurs développent désormais des portefeuilles hybrides : bières, cidres, cocktails prêts-à-boire, hard tea, boissons sans alcool, kombucha, boissons fonctionnelles et alternatives émergentes. Les frontières historiques s’effacent progressivement.
Une industrie qui ne pense plus en catégories
Pendant des décennies, l’organisation du secteur reposait sur des lignes claires :
- les brasseries pour la bière
- les cidreries pour le cidre
- les distilleries pour les spiritueux
Chaque univers avait ses salons, ses fournisseurs, ses réseaux et ses enjeux techniques spécifiques.
Ce modèle s’effrite.
Aujourd’hui, un même producteur peut lancer une IPA, un cidre houblonné, une boisson sans alcool ou un cocktail en canette dans la même année. Les consommateurs, eux, ne raisonnent plus en catégories mais en moments de consommation.
Cette évolution rend les anciens cloisonnements de moins en moins pertinents.
L’émergence de l’entreprise de boissons
Les acteurs les plus dynamiques du marché ne sont plus simplement des brasseries ou des cidreries. Ils deviennent des entreprises de boissons.
On retrouve désormais dans leurs gammes :
- bières
- cidres
- RTD (ready-to-drink)
- boissons sans alcool
- hard seltzers
- thés alcoolisés
- boissons fonctionnelles
Cette diversification n’est plus un choix marketing marginal. C’est une stratégie de survie face à :
- la pression sur les marges
- la saturation des marchés
- la volatilité des tendances
- la fragmentation des points de vente
Une logique économique de plus en plus évidente
Les salons professionnels restent des outils essentiels pour l’industrie.
Mais ils deviennent coûteux.
Déplacements, logistique, main-d’œuvre, transport de matériel : chaque événement représente un investissement important.
Pour les fournisseurs, participer à plusieurs salons adjacents dans des catégories proches signifie souvent multiplier les coûts pour rencontrer des interlocuteurs similaires.
La co-localisation change cette équation.
Un seul déplacement.
Un seul stand.
Un accès élargi à plusieurs communautés professionnelles.
Et surtout, une meilleure exposition à des opportunités croisées.
Un fournisseur d’emballage pour brasseries peut rencontrer des producteurs de cidre.
Un fabricant de canettes peut découvrir des acteurs du RTD.
Une plateforme technologique peut servir l’ensemble du spectre des boissons.
Les fournisseurs au cœur de la convergence
C’est probablement du côté des fournisseurs que la convergence est la plus visible.
Car leurs produits ne dépendent plus d’une catégorie spécifique.
Une canette reste une canette.
Un système de fermentation reste un système de fermentation.
Un logiciel de gestion de production reste un logiciel de gestion.
Les enjeux sont transversaux :
- efficacité opérationnelle
- traçabilité
- gestion des stocks
- logistique
- exportation
- automatisation
Autant de problématiques qui dépassent largement les frontières entre bière et cidre.
La distribution change la donne
Les distributeurs sont eux aussi en pleine transformation.
Le modèle traditionnel par catégorie laisse place à des portefeuilles hybrides intégrant :
- bière
- cidre
- vin
- RTD
- boissons sans alcool
- boissons fonctionnelles
Les acheteurs ne cherchent plus uniquement un produit. Ils cherchent un mix de boissons adapté à des consommateurs volatils.
Dans ce contexte, les échanges entre cidriers et brasseurs deviennent non seulement utiles, mais nécessaires.
La technologie accélère la fusion des secteurs
Un autre facteur clé est technologique.
Les solutions numériques utilisées dans l’industrie ne sont plus spécifiques à un segment.
Elles couvrent désormais :
- prévisions de ventes
- gestion des inventaires
- CRM
- optimisation logistique
- production
- analyse de données
Les mêmes outils servent les brasseries, les cidreries et les producteurs de boissons alternatives.
Cela renforce encore l’idée que les industries n’évoluent plus en parallèle, mais ensemble.
Une réalité déjà observée sur le terrain
Au Québec comme ailleurs, cette convergence est déjà visible.
Les brasseries développent des produits sans alcool.
Les cidreries explorent les RTD.
Les producteurs de kombucha s’intègrent aux réseaux de distribution traditionnels.
Les collaborations se multiplient, souvent avant même que les structures officielles ne s’adaptent.
Depuis plusieurs années, Baron Mag observe et documente ces croisements.
Même fournisseurs, mêmes enjeux, mêmes défis — mais trop souvent des conversations séparées.
Ce que cette annonce change réellement
La co-localisation de CBC et CiderCon n’est pas une fusion.
Et c’est précisément ce qui la rend intéressante.
Chaque événement conserve son identité :
- ses conférences
- sa communauté
- ses enjeux techniques
- ses contenus spécialisés
Mais ils partagent désormais un espace commun.
Cela permet :
- des échanges plus fluides
- une meilleure circulation des idées
- une optimisation des coûts
- une vision plus globale de l’industrie
Vers une nouvelle génération d’événements
Cette initiative pourrait ouvrir la voie à une transformation plus large des salons professionnels.
On peut imaginer à terme :
- des événements multi-catégories structurés autour des usages plutôt que des produits
- des espaces fournisseurs mutualisés
- des programmes éducatifs transversaux
- des zones dédiées à l’innovation hybride (RTD, sans alcool, fonctionnel)
L’enjeu n’est pas de diluer les expertises.
Il est de mieux connecter les écosystèmes.
Le rôle des médias spécialisés
Dans ce contexte, le rôle des médias comme Baron Mag devient encore plus central.
Depuis plus de cinq ans, la plateforme documente :
- les transformations du marché
- les innovations transversales
- les nouveaux modèles économiques
- les rapprochements entre catégories
Mais surtout, elle souligne un point essentiel : les industries avancent plus vite que leurs structures de représentation.
Les salons, les associations et les réseaux professionnels doivent désormais rattraper cette réalité.
Une industrie qui apprend à se parler
La co-localisation de la Craft Brewers Conference et de CiderCon ne résout pas tous les défis du secteur.
Mais elle envoie un signal clair.
L’industrie de la boisson ne peut plus fonctionner en silos étanches.
Elle devient un système interconnecté où les idées, les fournisseurs et les technologies circulent entre catégories.
Dans un contexte de pression économique, de transformation des habitudes de consommation et de diversification des produits, cette évolution n’est pas seulement logique.
Elle est nécessaire.
Et si les prochaines années confirment cette tendance, alors San Antonio 2027 ne sera peut-être pas seulement un salon partagé.
Mais le symbole d’un changement structurel durable dans la manière dont l’industrie de la boisson se rencontre, collabore et évolue.
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