Propulsé par Innomalt | Malts québécois de qualité exceptionnelle & en collaboration avec Moût International
Dans l’industrie brassicole québécoise, certaines entreprises misent sur le volume, d’autres sur l’innovation technologique. Chez Oxymore Microbrasserie, située en Beauce, l’approche demeure profondément artisanale. Derrière chaque brassin se cache un travail manuel, une attention méticuleuse aux détails et une volonté constante de mettre en valeur les producteurs locaux.
À l’occasion du brassage collaboratif de La Fauteuse de trouble à La Microbrasserie À La Fût, nous avons rencontré Frédérique Champagne, brasseuse chez Oxymore depuis trois ans.
Son parcours témoigne d’une réalité que l’on retrouve souvent dans le milieu brassicole : celle de professionnels issus d’autres secteurs qui découvrent dans la bière artisanale un terrain idéal pour exprimer leur créativité, leur rigueur et leur passion.

De la cuisine à la salle de brassage
Avant de devenir brasseuse, Frédérique a passé près d’une décennie dans le domaine de la restauration. Diplômée en cuisine, elle évoluait dans un univers où la qualité du produit, la précision des méthodes et l’attention aux détails étaient déjà au cœur du quotidien.
La pandémie a toutefois provoqué une remise en question professionnelle.
« Je cherchais quelque chose de nouveau, axé autant sur la qualité que sur la précision », explique-t-elle.
La découverte du brassage artisanal s’est alors imposée naturellement.
Qu’est-ce qui l’a séduite ? Le niveau de contrôle nécessaire à chaque étape du procédé.
« Un seul degré de différence peut complètement changer une bière. »
Cette recherche constante de perfection rappelle plusieurs aspects du travail culinaire. Dans les deux cas, chaque ingrédient, chaque paramètre et chaque décision influencent le résultat final.
Les Affaires Brassicoles #552 | La Fauteuse de trouble : Oxymore Microbrasserie
Une microbrasserie profondément locale
L’identité d’Oxymore repose en grande partie sur son approvisionnement local.
Le malt provient notamment de producteurs régionaux et les houblons sont sélectionnés auprès de fournisseurs québécois lorsque c’est possible. Cette proximité avec les producteurs fait partie intégrante de la philosophie de l’entreprise.
Dans un contexte où les consommateurs accordent une importance grandissante à la provenance des ingrédients, cette approche permet non seulement de soutenir l’économie régionale, mais aussi de développer des produits qui reflètent véritablement leur territoire.
Cette volonté de travailler avec des partenaires locaux s’inscrit également dans une tendance plus large observée à travers l’industrie brassicole québécoise. Les brasseries cherchent de plus en plus à renforcer leurs liens avec les agriculteurs, malteurs et houblonniers d’ici.

Une production à l’échelle humaine
Contrairement à certaines microbrasseries qui ont automatisé une grande partie de leurs opérations, Oxymore conserve une approche très manuelle.
Les brassins de 350 à 400 litres exigent une présence constante et un suivi rigoureux.
Pour Frédérique, cette réalité représente autant un défi qu’une source de motivation.
« Chaque journée est différente. Chaque brassin est un défi. »
Cette proximité avec le produit permet aussi un meilleur contrôle de la qualité. Dans un marché où la concurrence est forte et dans lequel les consommateurs ont accès à une offre immense, les petites brasseries n’ont souvent pas droit à l’erreur.
« Les plus petits joueurs doivent être sur la coche à chaque brassin. »
Une affirmation qui résume bien la pression quotidienne vécue par plusieurs producteurs artisanaux.
Les Affaires Brassicoles #61 : Philippe Laroche d’Oxymore Microbrasserie
Quand une bière ratée devient une leçon
Comme plusieurs brasseurs, Frédérique a commencé par expérimenter à la maison.
Sa première création ?
Une rousse au piment thaï.
Le résultat n’a pas été à la hauteur des attentes.
« C’était tellement piquant que ça est devenu une bière pour faire rire aux fêtes. »
Cette anecdote illustre bien l’apprentissage qui accompagne souvent les débuts dans le brassage. Les erreurs deviennent des occasions d’apprendre, de comprendre les ingrédients et de développer son intuition.
Aujourd’hui encore, cette curiosité demeure au cœur de son travail.

L’importance du partage entre brasseurs
C’est justement cette curiosité qui a motivé sa participation au projet La Fauteuse de trouble.
Pour elle, l’intérêt principal de la collaboration ne réside pas seulement dans la bière finale, mais surtout dans les échanges qu’elle permet.
« Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre comment les autres travaillent. »
Méthodes de fermentation, techniques de brassage, choix d’ingrédients, gestion des levures : chaque rencontre devient une occasion d’apprentissage.
Dans une industrie où les défis sont nombreux, ce partage de connaissances contribue à renforcer l’ensemble du secteur.
Une nouvelle génération de consommateurs
Au cours des dernières années, Frédérique a également observé une transformation importante des habitudes de consommation.
Les consommateurs recherchent davantage de produits à faible teneur en alcool. Les bières légères, les nano IPA et les options plus accessibles gagnent en popularité.
Même si Oxymore n’a pas l’intention de produire des bières sans alcool pour le moment, l’entreprise adapte son offre à cette nouvelle réalité.
Les bières autour de 3 % à 4 % d’alcool occupent désormais une place grandissante dans plusieurs gammes de produits.
Cette évolution reflète une tendance observée partout au Québec : les consommateurs privilégient davantage la qualité, la modération et l’expérience de dégustation.

Plus de visibilité pour les femmes de l’industrie
L’un des objectifs du projet « La Fauteuse de trouble » est également de mettre en lumière les femmes qui œuvrent dans le secteur brassicole.
Selon Frédérique, la représentation demeure un élément essentiel.
Voir des femmes occuper des postes de brasseuses, de propriétaires ou de gestionnaires contribue à normaliser leur présence dans un milieu historiquement dominé par les hommes.
« Les gens pensent parfois qu’il existe des limites physiques, mais ce n’est pas le cas. »
Pour elle, la passion, les compétences et la détermination demeurent les véritables critères de réussite.
Les événements comme cette collaboration permettent justement de créer des réseaux, de favoriser les échanges et d’inspirer la prochaine génération.

Une industrie portée par la passion
Au terme de la discussion, un constat s’impose.
Derrière les équipements, les recettes et les chiffres de production se trouvent avant tout des passionné.es.
Pour Frédérique, le métier de brasseur dépasse largement l’image parfois caricaturale que certains peuvent en avoir.
« Un brasseur, c’est quelqu’un de créatif, de travailleur et de passionné. »
Cette passion se retrouvait partout dans la salle de brassage de La Microbrasserie À La Fût lors de cette journée de collaboration.
Et si La Fauteuse de trouble porte bien son nom, elle symbolise surtout quelque chose de plus grand : une industrie qui évolue, qui se diversifie et qui continue de se construire grâce aux personnes qui la font vivre chaque jour.
Une bière à la fois.
110 Rue des PME, Saint-Gilles | oxymoremicrobrasserie.com




