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Réduire ses déchets à la maison en commençant par l’eau pétillante

Réduire ses déchets à la maison en commençant par l’eau pétillante

Une famille qui boit de l’eau gazeuse tous les jours passe facilement à travers une caisse de douze bouteilles ou de vingt-quatre canettes par semaine. Sur un an, c’est entre 600 et 1 200 contenants pour un seul produit, tous transportés pleins d’eau depuis une usine d’embouteillage, utilisés une fois, puis rincés, triés et recyclés dans le meilleur des cas. Peu de gestes domestiques génèrent autant de déchets pour aussi peu de matière.

C’est ce qui fait de l’eau pétillante maison l’un des changements les plus rentables d’une démarche de réduction des déchets : une habitude déjà installée, un produit consommé chaque jour, et une solution de remplacement qui ne demande ni sacrifice ni discipline. Une machine sur le comptoir, une bouteille réutilisable et des cylindres de CO2 réutilisables qu’on échange quand ils sont vides. Le reste du texte explique comment ça fonctionne, ce que ça change réellement, et par où continuer une fois ce premier geste posé.

Recycler arrive en fin de chaîne

Le réflexe québécois est de recycler, et il est bon. Mais chaque bouteille recyclée a d’abord été fabriquée, remplie, transportée, réfrigérée, achetée, rapportée à la maison, vidée, puis collectée, transportée de nouveau, triée, refondue et remoulée. Le recyclage récupère la matière; il ne récupère pas l’énergie et les kilomètres.

La consigne élargie du Québec, qui couvre maintenant les canettes d’aluminium et les bouteilles de plastique de boissons, améliore le taux de récupération. Elle ne réduit pas le nombre de contenants qui entrent dans la maison. La hiérarchie des trois R place la réduction avant la réutilisation, et la réutilisation avant le recyclage, pour cette raison précise : le contenant le moins polluant est celui qu’on n’a pas eu à fabriquer.

Pour l’eau gazeuse, la réduction à la source est particulièrement simple, parce que l’ingrédient principal sort déjà du robinet.

Comment fonctionne un système réutilisable

Une machine à eau pétillante injecte du dioxyde de carbone sous pression dans une bouteille d’eau du robinet. Le CO2 vient d’un cylindre d’acier fixé à l’arrière ou à l’intérieur de l’appareil. Un cylindre standard produit environ 60 litres d’eau gazeuse, soit l’équivalent d’une soixantaine de bouteilles d’un litre, avant de se vider.

Le cylindre vide ne se jette pas. Il s’échange contre un cylindre plein, dans un point de vente qui participe au programme, et repart être rempli. Le même cylindre peut ainsi être rempli des centaines de fois sur une durée de vie qui se compte en décennies. Les entreprises québécoises actives dans ce créneau remplissent les cylindres ici et les font circuler dans des réseaux de commerces de proximité, épiceries, quincailleries et dépanneurs, ce qui limite les distances parcourues par le gaz autant que par le contenant.

La bouteille réutilisable, elle, se rince comme n’importe quel contenant de cuisine et dure plusieurs années. Au bout du compte, le seul objet qui sort régulièrement de la maison est un cylindre qui y reviendra.

La transition demande peu d’ajustements. La plupart des machines n’exigent ni électricité ni installation, et les cylindres des fournisseurs indépendants sont conçus pour s’adapter aux appareils des grandes marques, avec un format à vis pour les modèles traditionnels et un format à connexion rapide pour les plus récents. Un ménage qui possède déjà une machine n’a donc rien à racheter pour changer de fournisseur de gaz, et certains réseaux acceptent même à l’échange les cylindres vides d’autres marques.

Ce que ça change, chiffres en main

Le calcul environnemental est net : des centaines de contenants jetables par année remplacés par une bouteille et un cylindre en circulation fermée. Le calcul financier l’est aussi. Un cylindre se vend autour de 28 $ et produit environ 60 litres, ce qui ramène le coût de l’eau pétillante à une vingtaine de cents le litre. Les fabricants de cylindres avancent que c’est jusqu’à 90 % moins cher que l’équivalent en canettes, et même en tenant compte de l’achat de la machine, l’écart se rembourse en quelques mois pour un ménage qui en boit chaque jour.

Il y a aussi ce qu’on ne transporte plus : les caisses lourdes de l’épicerie à la voiture, de la voiture au garde-manger, puis du bac de recyclage au bord de la rue chaque semaine. Pour un ménage qui vit en appartement, sans voiture ou avec un escalier, cet argument pèse parfois plus que les autres.

Le marché a doublé, les déchets aussi

Le passage à l’eau pétillante maison prend d’autant plus de sens que la consommation explose. Selon les compilations du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, les volumes d’eau gazeuse vendus en supermarchés et grandes surfaces au Québec ont augmenté de 97 % entre la moyenne de 2012-2013 et celle de 2018-2019, pendant que les boissons gazeuses classiques reculaient de 13 %. Beaucoup de gens ont remplacé la liqueur par l’eau pétillante, une bonne nouvelle pour la santé, et ils ont remplacé des canettes par d’autres canettes, une moins bonne nouvelle pour le bac de recyclage.

C’est le genre de déplacement de consommation qui rend un système réutilisable pertinent. Le volume de déchets suit la courbe de la consommation tant que le contenant reste jetable; il décroche dès que le contenant devient réutilisable.

Quelques précautions

L’eau pétillante nature hydrate comme l’eau plate, et l’ajout de gaz carbonique ne change rien à ce que le corps en retire. Pour ceux qui cherchent à couper le sucre sans renoncer aux bulles, c’est un substitut évident aux boissons gazeuses et aux jus. Les effets de l’eau pétillante sur la santé sont d’ailleurs assez bien documentés, mythes compris, et la principale réserve tient aux eaux aromatisées acides plutôt qu’à l’eau gazéifiée elle-même.

Côté sécurité, un cylindre de CO2 est un contenant sous pression. Il se manipule comme une bonbonne de propane, à l’abri de la chaleur, et il ne se remplit jamais soi-même. C’est aussi pour ça que le système d’échange existe : les cylindres sont inspectés et remplis par des gens équipés pour le faire.

Continuer la démarche

Une fois l’eau pétillante réglée, la même logique s’applique au reste de la cuisine. Les gestes les plus rentables sont ceux qui touchent un produit consommé souvent et dont l’alternative réutilisable est déjà mature.

  • Le café, avec une cafetière à filtre réutilisable ou une machine sans capsules jetables.
  • Les produits secs, achetés en vrac dans des contenants apportés de la maison.
  • Les produits ménagers, en recharge ou en concentré plutôt qu’en bouteille neuve à chaque achat.
  • Le compost, pour sortir les résidus alimentaires du sac à ordures, là où le bac brun n’est pas encore offert par la municipalité.
  • La réparation, avant le remplacement, pour les petits appareils et les vêtements.

Aucun de ces gestes ne change une vie. Ensemble, appliqués pendant un an, ils changent ce qui sort d’une maison chaque semaine. L’eau pétillante est simplement le plus facile pour commencer, parce que le plaisir reste exactement le même, avec un contenant en moins.

 

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