« Y-a-t-il vraiment 800 participants au congrès ? » C’est la question que plusieurs fournisseurs m’ont posée lorsque je venais échanger avec eux sur place, intrigués par l’achalandage et l’énergie tranquille du salon.
L’achalandage qu’on connaissait jadis semble désormais lointain. À la place : une frustration sourde, des regards qui en disent long. Autour d’un café et d’un burrito à 24 $, plusieurs professionnels se questionnent — tout cela sous la surveillance d’une « police du déjeuner » chargée de vérifier qui mange quoi, où, et surtout selon les règles.
Les couloirs se vident, les temps morts s’allongent. On tue le temps en partageant des inquiétudes :
« Tu penses revenir l’an prochain ? »
« Si ça reste comme ça… je ne suis pas certain que ça vaille l’investissement. »
« Qui est vraiment servi par cet événement aujourd’hui ? »
Entre les kiosques, un constat s’impose : de moins en moins de clients potentiels viennent serrer des mains ou découvrir des nouveautés. Plusieurs fournisseurs évoquent une perte de contact direct avec les brasseurs, certains ayant choisi de réduire leurs déplacements, d’autres devant faire des arbitrages budgétaires serrés. Cette réalité financière touche tous les acteurs : les fournisseurs vivent eux-mêmes les mêmes contraintes, reflétant un marché qui se contracte.
Ce n’est pas le manque de bonne volonté qui fait défaut aux exposants, mais l’énergie n’est plus la même. Là où régnait auparavant l’excitation des rencontres et de la découverte, on retrouve maintenant un mélange de pragmatisme commercial et de désenchantement — reflet fidèle d’une industrie en pleine mutation.
La conjoncture n’aide pas. Entre la baisse du pouvoir d’achat, la multiplication des brasseries en difficulté et un marché saturé de nouveautés qui peinent à trouver preneur, l’énergie collective d’hier s’est transformée en gestion de crise permanente. L’AMBQ, jadis moteur de visibilité et d’influence, paraît désormais occupée à maintenir la flamme plutôt qu’à l’attiser.
Le malaise n’est pas propre au Québec. Partout, les associations brassicoles affrontent la même équation : comment défendre l’indépendance lorsqu’un membre lutte pour sa survie ? Comment fédérer un milieu devenu fragmenté, dans lequel la concurrence a remplacé la camaraderie ? Ces questions résonnent particulièrement dans le contexte des trade shows, autrefois lieux de rencontre et de découverte, désormais marqués par des discussions hésitantes et un sentiment d’incertitude palpable.
Dans le dernier numéro de notre journal Les Affaires Brassicoles, nous mettons en avant plusieurs solutions imaginées par certaines associations pour revitaliser le secteur : repenser les salons professionnels, inviter d’autres producteurs — cidreries, distilleries — pour diversifier l’offre, ou encore organiser un congrès des boissons réunissant plusieurs associations afin de mutualiser les coûts et favoriser le partage d’expertise. Il faut « think outside the box » visant à reconnecter les acteurs et à raviver l’énergie collective.
Baron Mag est privilégié de discuter en profondeur et d’être invité « en coulisses », pour comprendre sans filtres les frustrations et les craintes qui traversent l’industrie. Les fournisseurs interrogés se questionnent : « Est-ce que cela vaut vraiment l’investissement l’an prochain ? »
Reste que ce moment appelle moins au cynisme qu’à la réinvention. L’industrie québécoise de la bière a bâti son identité sur la collaboration et la créativité. Si l’AMBQ souhaite redevenir la voix de ce mouvement, elle devra retrouver ce souffle collectif — celui qui fait lever la pâte même dans les périodes les plus difficiles.
Il est également essentiel que les membres revendiquent des changements, proposent des solutions concrètes et expérimentent de nouvelles approches, afin de faire évoluer le secteur tout en préservant son esprit d’innovation et de camaraderie.Le défi est clair : repenser les formats, redéfinir la valeur des événements et surtout, remettre l’humain au centre de l’expérience.
« Il faut changer les institutions de l’intérieur et mettre les mains à la pâte pour apporter des changements, plutôt que de blâmer les dirigeants », confie un ami brasseur et membre de l’AMBQ.
Ce n’est pas seulement une question de survie commerciale, mais une opportunité de réinventer l’écosystème brassicole d’ici, de transformer la fragmentation en force et de faire du prochain chapitre un témoignage de résilience et de créativité.
Concernant les 800 participants annoncés pour le congrès, il faudra confirmer les chiffres auprès du comité organisateur. J’attends encore les données de l’année passée.
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