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«Perez Prado donne une bonne cadence pour faire des tacos» – Entrevue musico-bouffe avec Mariano Franco

«Perez Prado donne une bonne cadence pour faire des tacos» – Entrevue musico-bouffe avec Mariano Franco

L’artiste autodidacte œuvrant dans l’industrie musicale montréalaise, Mariano Franco, est de retour avec son projet Papi Chulo & su Groupo Invisible débuté en 2017. Il lance son deuxième album Ritmo de lo Habitual le 20 novembre prochain. L’album aux sonorités latinos et funk compte de nombreuses collaborations avec des artistes internationaux tels qu’Ultra K, Stephanie Ozorio et Nagano Morro. 

Mariano Franco nous invite dans son univers éclectique et passionné aussi bien en musique qu’en cuisine!

Comment en es-tu arrivé à faire carrière en musique?

Depuis mon enfance, je me rappelle avoir des mélodies dans ma tête. Je suis arrivé à l’âge de 15-16 ans et j’ai formé mon premier groupe punk au Mexique. J’ai quitté le pays pour venir ici en 95 ou 96. Tout de suite, j’ai rencontré des amis latinos qui faisaient du rock en espagnol, c’est une catégorie de rock pop très mainstream. J’ai joué de la basse avec eux. Peu à peu, on a commencé à faire notre propre musique, plus métal avec des influences de hip-hop, et on a fait une tournée, au Mexique notamment. Un jour, j’ai vécu une expérience psychédélique avec des champignons et après, je ne pouvais plus faire de métal. C’est comme si quelque chose avait changé dans mon cerveau et je suis retourné vers le big beat.

J’ai alors découvert du monde comme Antibalas, l’afro beat, High tone. On a formé le groupe Psychotropical Orchestra. Avec eux, j’ai plus exploré le style latin, toujours mélangé au rock et à l’électronique qui sont des styles qui font partie de moi. Après plusieurs années sans rien faire, j’ai commencé à écrire mes propres chansons à l’ordinateur et à programmer des beat. Mon ami qui joue avec moi depuis les débuts de ma carrière à Montréal les a entendues et m’a dit de faire un album. C’est comme ça que Papi Chulo est né en 2017.

Comment décrirais-tu ton univers musical?

Je dirais que je suis dans l’électronique avec beaucoup d’influences latinos comme la cumbia et le mambo. Du tropical futurism puisque je reprends ce qui se fait pour essayer de l’amener ailleurs. Certains disent aussi tropi-punk.

Pourquoi Papi Chulo & su Groupo Invisible?

C’était une blague. À cette époque, ma fille Nina avait 5 ans. J’étais Papi/Papa pour la première fois et au Mexique, le mot Chulo, ça veut dire quelqu’un de beau. Il y avait aussi une musique de reggaeton qui s’appelle Papi Chulo que j’aimais beaucoup.

Mais, il y a beaucoup de Papi Chulo, il y a même un restaurant à Montréal qui porte le nom. C’est pourquoi j’ai décidé de m’appeler Papi Chulo et son groupe invisible. J’ai des musiciens qui collaborent avec moi, mais on ne les voit jamais. Surtout en temps de pandémie, chaque musicien a enregistré de son côté. Par exemple, Omar Diaz Herrera qui est au Panama s’est occupé des percussions, Fernando Pinzon qui est à Montréal a fait les basses et Étienne Lebel a fait les trompettes et les trombones…

Pourquoi un album intitulé Ritmo de lo Habitual?

Le premier album était une compilation de choses, il n’y avait pas de style défini. Je ne savais pas si je voulais aller plus vers le latino, la danse ou si j’allais plus vers l’électro, la new wave ou les années 70.

Avec ce second album, j’ai décidé que j’allais pleinement faire de l’électro-latin. Ce qui m’a beaucoup influencé, c’est que je fais de la vidéo aussi. L’an dernier, j’ai tourné un clip à Santa Marta, en Colombie, pour la Gypsy Kumbia Orchestra et j’ai été complètement touché par les rythmes qu’on entend dans les rues là-bas. Mon premier titre, Ritmo de lo Habitual, c’est un peu ça, un rythme champeta, qui est très différent de tout ce que j’avais entendu de latino avant, c’est plus africain. Je l’ai mis à ma sauce.

Quelle est ta relation avec la nourriture?

Je pense que la nourriture est l’essence de l’être humain, c’est la fierté des familles et des cultures. Je suis Mexicain et les Mexicains sont un peuple qui mange beaucoup et qui est trop fier de sa bouffe: les tacos, les quesadillas… Je suis arrivé à Montréal quand j’avais 20 ans et j’ai un restaurant avec mes parents, Ta Chido. Quand on voyage avec la famille, il faut goûter à tout. Je m’arrête dans la rue, pas forcément dans les restaurants, mais dans les marchés et les petits stands.

Est-ce que tu écoutes de la musique quand tu cuisines?

Quand je cuisine, quand je fais le ménage… J’écoute toujours de la musique, moderne, contemporaine, avec ma fille de 11 ans. Sinon, je suis dans les revivals, une semaine ça pourrait être les années 60, la suivante les années 80… Rien de particulier. J’écoute de tout. Du mambo à Kraftwerk, en passant par la musique de films que j’adore comme La planète sauvage.

J’aime beaucoup la musique, mais il faut que ce soit original, unique. Je n’aime pas quand c’est trop structuré.

Crédit photo: Papi Chulo & su Groupo Invisible

Quels sont les ingrédients de base dont tu as toujours besoin?

Des tortillas, du fromage qui fond comme le cheddar et la mozzarella. Ici, c’est le royaume des quesadillas. Aussi, des piments séchés pour faire des chilaquiles, donc ils ne sont pas piquants, mais ont beaucoup de goût.

Quelle est la première recette que tu as appris à faire?

Ce n’est peut-être pas la première recette, mais je suis fier d’avoir fait un mole à ma copine quand on était à l’université, je crois que c’est comme ça que je l’ai conquise. Sinon, je me souviens aussi de la première fois que j’ai fait une bacalao parce que c’est complexe à faire. C’est de la morue séchée salée avec de l’ail, de la sauce tomate, des oignons, des câpres et des olives.

Quel est ton plat signature?

Je pense que le meilleur que je peux faire est le chilaquiles. On coupe des tortillas et on les frit dans de l’huile comme si on faisait des nachos. On fait une sauce de tomate, d’ail et de guajillo qui est un piment mexicain qu’on laisse sécher et qui a un goût un peu fumé. On trempe les tortillas dans la sauce, on met de la feta ou de la crème sure, on peut ajouter du poulet effiloché. Et je l’accompagne toujours d’haricots frits à côté.

Quel est le plat que tu aimes commander?

On commande beaucoup de viandes vietnamiennes comme des grillades, sinon le rôti jamaïcain ou la nourriture indienne.

Quelles sont tes règles en cuisine?

Il faut que la cuisine soit toujours propre. Je l’ai appris quand je travaillais au restaurant. Si on ramasse au fur et à mesure, à la fin de la cuisson, tout est propre. On peut alors s’asseoir et c’est cool.

En musique?

J’ai collaboré avec des groupes où il y avait des règles. Je joue de la musique, mais je ne me considère pas comme un professionnel parce que je ne connais rien de la musique. Aujourd’hui, à mon âge, avec mon propre projet, je me permets de ne pas avoir de règles et je fais ce que je fais, en fonction de mon humeur de la journée.

Mon ami bassiste Fernando m’a dit un jour: « Tu fais tellement de la musique qui vient de ta tête que parfois tu mélanges des choses, surtout des notes, qui ne devraient pas être mélangées. À cause de ta naïveté ou de la manière dont tu perçois les sons, c’est un résultat étrange et délicieux en même temps. »

Quelles sont les bonnes conditions pour faire de la bonne musique?

Avoir du temps libre, l’énergie et une place inspirante.

Quel est le meilleur assemblage repas-musique que tu aies expérimenté?

Perez Prado donne une bonne cadence pour faire des tacos!

Quelle est ta dernière découverte culinaire?

Je pense que c’était lors de mon voyage l’an dernier au Japon, leurs grillades, leurs tripes, les ramens… C’est vraiment une cuisine exceptionnelle et pas très connue ici, je trouve.

Et musicale?

Un groupe qui s’appelle Ho99o9 et que j’ai adoré! C’est un mélange de hip-hop avec du punk et une espèce de trap. C’est vraiment obscur, mais en même temps hallucinant. C’est comme si on écoutait un mélange de The Prodigy avec Bad Brains et du hip-hop.

🎧Papi Chulo & su Groupo Invisible

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