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L’Échouerie: avoir son café le temps d’un été

L’Échouerie: avoir son café le temps d’un été

Un café ouvert uniquement l’été, situé à Natashquan sur la Côte-Nord et encadré par un conseil d’administration… voilà le défi qu’a décidé de relever la Montréalaise Juliette Ouimet et son équipe en se rendant à l’Échouerie. Sans oublier, la pandémie qui a mis son grain de sel.

Juliette Ouimet travaille depuis plusieurs années dans les bars de microbrasseries de Montréal. Elle est partie en vacances l’an dernier sur la Côte-Nord et s’est rendue au café l’Échouerie qui était tenu à bout de bras par deux entrepreneurs. La reprise du projet l’a intéressée, car faute de main-d’œuvre, l’équipe change chaque année. Elle a alors formé une équipe de cinq amis exerçant en restauration et a proposé sa vision au CA de la Copac qui est l’organisme à but non lucratif responsable de l’établissement.

«C’est le paysage, le grand espace qui m’a séduite. Le restaurant en tant que tel ressemble vraiment à un immense chalet. On s’y sent accueilli dès qu’on entre. L’an dernier, on ne travaillait pas encore là qu’on se sentait déjà à la maison. Les gens sont aussi extrêmement accueillants. L’eau est chaude, la bière de micro de La Mouche est super bonne. En plus, entourée de tous mes amis, ça faisait vraiment un été de rêve!», annonce d’emblée l’entrepreneure.

Crédit photo: L’Échouerie

Elle s’est engagée pour un an, sachant que c’était la première fois qu’elle s’occupait d’une place de A à Z, avec une équipe qui est passée à douze pendant l’été et qui était gérée de façon horizontale, avec un menu et une programmation culturelle.

«C’était tellement de responsabilités et de défis tous les jours, j’avoue qu’on n’arrivait pas à se projeter pendant la préparation toute l’année ou même cet été, raconte Mme Ouimet. Maintenant, ça tire à sa fin, on commence à y penser. La Copac signe avec nous pour dix ans si on veut bien, mais on va juste prendre le temps de s’en remettre, de débriefer tous ensemble. Je pense que ça endure bien, mais je ne pourrais pas confirmer tout de suite si on revient l’année prochaine.»

Crédit photo: L’Échouerie

Approvisionnement limité

L’approvisionnement a représenté un enjeu majeur. «On a imaginé un menu avec l’idée d’avoir le plus possible des produits locaux, mais il n’y en a pas beaucoup. Cette année, c’était la première fois qu’il y avait un maraîcher accessible à Natashquan, sinon le plus près est à deux heures et il est complètement débordé. Rapidement, on s’est butés à quelques obstacles, c’est-à-dire s’approvisionner: il y a un seul fournisseur de nourriture qui se rend à Natashquan», rapporte la Montréalaise qui devait passer commande une à deux semaines à l’avance.

Crédit photo: L’Échouerie

L’équipe a donc dû faire des compromis dans les recettes ou la provenance des produits en élargissant l’échelle au Canada et non pas exclusivement au Québec. Il y a une recette de bœuf salée qui a également dû être retirée du menu parce qu’elle ne se faisait plus à Natashquan et que l’équipe n’avait pas les connaissances nécessaires pour la faire elle-même.

«On a proposé des repas à base de fruits de mer comme le crabe et le homard, énumère Juliette Ouimet. Mais encore là, c’est difficile de s’approvisionner parce que même si la pêche se fait sur place, ça doit retourner à Sept-Îles pour la transformation ou la congélation, avant de revenir ici. On a étendu ça au concept de nordicité, c’est-à-dire qu’on allait le chercher dans d’autres pays comme notre hot-dog nordique qui est d’inspiration scandinave. On est aussi allés dans le fait maison, donc on a fait notre pain, notre mayonnaise…»

Crédit photo: L’Échouerie

Expérience extraordinaire

En lien avec la Covid, elle a dû retirer les plats à partager de son menu et faire face à un plus grand achalandage, donc se consacrer davantage à ses stocks qu’au changement de menu.

«Malgré que la Covid soit quelque chose d’extrêmement malheureux, on la souhaite à personne, c’est sûr que ça a été un point positif pour le tourisme Côte-Nord. Il y avait vraiment beaucoup plus de monde qu’à l’habitude. On est à 218 clients par jour, en moyenne, alors que les années précédentes, ils atteignaient ce chiffre seulement pendant les semaines de la construction et c’était quelques jours. On a fait le triple de ce qu’on pensait faire, donc on a vraiment la broue dans le toupet!», souligne l’entrepreneure.

Crédit photo: L’Échouerie

En septembre, le café a limité ses jours d’ouverture aux vendredis et samedis soirs, puis a fermé à la fin du mois. Il servira de salle communautaire d’ici sa réouverture début juin.

Juliette Ouimet parle d’un bon premier test où tout ce qui pouvait arriver est arrivé: une pandémie, de l’achalandage, en plus des enjeux d’approvisionnement.

«Ça nous a préparés au pire, mais j’avoue que ce n’est pas du tout la même chose que d’ouvrir un restaurant à Montréal, par exemple, assure-t-elle. Je ne le ferai jamais, il y a beaucoup trop de bâtons dans les roues. Tandis qu’à Natashquan, les gens sont vraiment contents parce que ça ouvre seulement trois mois par année, sert des choses accessibles avec de la bonne bière et de la bonne bouffe. En plus, on n’a pas de loyer à payer, on n’a pas tant de comptes à rendre, le CA est déjà content que ça ouvre et c’est déjà arrivé qu’il soit dans le rouge. Déjà là, ça enlève tellement de pression!»

Il y a un seul restaurant à Natashquan, en plus de l’Échouerie, et comme il sert des plats différents, la compétition ne se fait pas ressentir. La Montréalaise souligne toutefois que cela crée de la pression, car elle doit alors répondre autant aux attentes des habitants qu’à celles des touristes.

Si elle revient l’année prochaine, elle voudrait réaliser la mission qui était celle prévue cette année: créer un lieu de rencontre. Et pour ce faire, elle prévoit une programmation culturelle qui comprend des ateliers, des jeux, des discussions, du matériel d’art disponible en tout temps ou encore des concerts.

L’Échouerie

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