L’entreprise spécialisée en intelligence artificielle (IA) appliquée aux soins de santé a pour mission d’améliorer les résultats des soins prodigués aux patients de cancer et d’autres maladies. Elle a ainsi développé une plateforme capable d’analyser des données médicales pour un diagnostic plus rapide et des traitements moins invasifs, ajustés à chacun des patients.
L’histoire d’Imagia est intimement reliée au cancer du père d’Alexandre Le Bouthillier, cofondateur de l’entreprise. «Je me sentais démuni face à sa souffrance et à l’aggravation continue de son état, raconte-t-il. Il a fallu plus d’un an avant qu’il ne reçoive un diagnostic de cancer du pancréas de stade 4.»
Détenteur d’un doctorat en informatique et recherche opérationnelle de l’Université de Montréal et d’un Post-Doctorat à l’Université de Genève, M. Le Bouthillier a alors décidé de revenir s’installer au Canada dans l’objectif de contribuer à résoudre les problèmes que son père vivait, du diagnostic aux traitements. Il fonde Imagia en 2015, avec Nicolas Chapados, un ami de longue date et spécialiste ayant étudié sous la direction de Yoshua Bengio, père co-fondateur de l’intelligence artificielle moderne qui agit également à titre de conseiller scientifique pour l’entreprise.

L’IA est utilisée par Imagia dans le but d’accélérer, grâce à l’automatisation de programmes d’analyse de données, les processus de tests et de diagnostic des patients. Ces programmes sont capables «d’apprendre par eux même» puisqu’ils gardent en mémoire toutes les anomalies biologiques détectées, et donc de gagner en précision à chaque diagnostic. Des traitements approfondis et personnalisés selon chaque patient deviennent alors plus accessibles.
«En fin de compte, nos efforts visent à permettre aux gens de vivre mieux et plus longtemps auprès de ceux qu’ils aiment, en souvenir de mon père et de ceux que nous avons perdus», témoigne M. Le Bouthillier.
Fédérer les données grâce à l’IA
Au départ, le défi était de faire en sorte que les hôpitaux, les établissements de recherche et l’ensemble des acteurs des sciences de la vie travaillent de concert. «Pour résoudre ce problème, nous devions élargir notre équipe et étendre le champ de nos expertises, explique M. Le Bouthillier. Il y a trois ans, nous avons eu l’occasion d’acquérir l’entreprise fondée par Florent Chandelier, qui occupe maintenant les fonctions de chef de la technologie à Imagia.»
Chandelier est l’architecte derrière Imagia EVIDENSMC, une plateforme d’IA en santé numérique qui génère des découvertes liées au diagnostic et aux traitements et les met ensuite en marché en respectant les règles d’éthique. Cette technologie permet aux cliniciens des hôpitaux partenaires de créer rapidement des jeux de données structurées, annotées et regroupées en cohortes depuis les systèmes de leurs établissements respectifs. La recherche clinique bénéficie alors d’une approche mécanisée par l’IA et fondée sur l’évidence médicale présente dans les données.
«Nous voulons offrir aux médecins, qui ne sont pas des experts en IA, la possibilité de faire de la recherche médicale avec cette technologie, précise Alexandre Le Bouthillier. Cela ouvre la porte à d’autres découvertes pouvant être intégrées dans le parcours de soin clinique et les plans de traitement personnalisés.»

Les hôpitaux, les fabricants d’appareils médicaux, les compagnies pharmaceutiques et les sociétés de diagnostic du monde entier peuvent collaborer au moyen de données distribuées, pour réaliser ensemble des percées dans le domaine médical. Tous les processus médicaux s’en trouvent accélérés selon le cofondateur d’Imagia, tout en favorisant l’adoption de techniques d’intervention moins invasives, puisque migrées du domaine physique vers le domaine numérique.
Des partenariats marquants
EVIDENS est d’ailleurs devenue l’ossature technologique de la Plateforme de découvertes et de santé numérique (PDSN), une importante initiative pancanadienne qu’Imagia développe actuellement en collaboration avec l’Institut de Recherche Terry Fox (IRTF). Elle a vocation à stimuler la commercialisation de découvertes issues de travaux réalisés au Canada qui combineront l’expertise en IA et la médecine de précision, dans le but d’améliorer les soins de santé pour les Canadiens.
«La codirection de cette initiative avec l’Institut de Recherche Terry Fox est assurément une réalisation conjointe qui rendra les soins de santé personnalisés plus accessibles, souligne Alexandre Le Bouthillier. Ce projet représente une opportunité d’influencer positivement l’efficacité de notre système de santé et in fine, les résultats pour les patients.»
«Nous voulons offrir aux médecins, qui ne sont pas des experts en IA, la possibilité de faire de la recherche médicale avec cette technologie.»
L’entrepreneur se dit fier d’avoir participé à la Course Terry Fox et prononcé le discours inaugural de l’événement avec Darrel Fox, le frère de Terry Fox, l’année dernière. «La participation à ce groupe dont tous les membres ont été affectés par le cancer a été pour moi une expérience émouvante, ajoute-t-il. Cette activité a aussi renforcé l’engagement mutuel et la collaboration entre Imagia et l’IRTF, alors que nous poursuivons notre course pour trouver des traitements.»
Un écosystème en expansion
Une entente de développement a également été conclue par ai4gi, une coentreprise constituée de Satis Operations et Imagia, avec l’entreprise de technologie médicale de pointe Olympus. Le but est d’offrir du soutien à la prise de décisions cliniques en temps réel pendant les interventions de coloscopie, à des fins de dépistage et de surveillance du cancer colorectal. Cette solution, offerte exclusivement par Olympus America Inc., permettra ultimement d’obtenir de meilleurs résultats cliniques, de réduire les frais globaux et d’accroître la qualité de vie des patients.
«L’intégration de l’IA aux interventions de coloscopie présente des perspectives très intéressantes pour l’avenir du dépistage des maladies gastro-intestinales, tant pour les médecins que pour les patients», estime M. Le Bouthillier. Ai4gi a initialement développé cet outil à partir d’un large éventail de tests histopathologiques et de sources vidéo de coloscopies combinées à des modèles d’apprentissage profond.

Depuis le 17 décembre dernier, Imagia s’est associée avec de grands hôpitaux nord-américains, dont le Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL), le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Estrie – Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), l’Hôpital général juif (HGJ), le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et son Institut de recherche (IR-CUSM) ainsi que le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).
«À l’heure actuelle, nous sommes les premiers à combiner, en milieu hospitalier, la découverte à l’aide de modèles d’IA automatisés et l’apprentissage fédéré», s’enthousiasme le cofondateur d’Imagia. D’autres réseaux hospitaliers rejoindront l’écosystème d’Imagia en 2020.