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Portrait d’une profession méconnue: Responsable du bonheur des employés

Portrait d’une profession méconnue: Responsable du bonheur des employés

CHO, ça vous dit quelque chose? Il puise son origine aux États-Unis et fait désormais le tour du monde. Le Chief Happiness Officer [CHO], dont la traduction en français serait directeur.trice général.e ou responsable du bonheur, est un métier en croissance. En quoi consiste-t-il vraiment? 

«Un agent du bonheur au travail», voici comment le qualifie Gabriel Campeau, fondateur de CHO SVP, une entreprise montréalaise de services dont la spécialité est la profession de Chief Happiness Officer

«C’est une personne dont le métier est de s’occuper de la satisfaction des employés dans leur environnement de bureau. Toutes les questions de salaire, vacances, assurances, ce n’est pas lui; il ou elle est vraiment dans l’expérience, révèle Gabriel Campeau. Ça démarre dès le moment où l’employé.e passe la porte de l’entreprise. Qu’est-ce qu’il.elle vit au travail et comment ça peut être bonifié? Le responsable du bonheur met en place des projets qui vont dans le sens de l’augmentation de la satisfaction. Ça va de l’alimentation au transport en passant par les communications internes, les événements, l’engagement social de l’entreprise, le matériel technologique, etc.»

Gabriel Campeau, fondateur de CHO SVP. Crédit: Eve B. Lavoie

S’assurer du bien-être au bureau

CHO SVP souhaite éduquer le public sur les questions relatives du bonheur au travail et offrir aux entreprises des services du directeur.trice du bonheur. «Notre mission principale est la suivante: embaucher, former et déployer des CHO dans ses entreprises clientes sur des mandats de 6 mois.» 

Définir le bonheur au travail est la première étape pour un.e CHO, selon Marijane Moreau Peterson, directrice Culture et Talents et directrice du bonheur au sein d’INEAT Canada. «Si on ne le définit pas, c’est difficile de connaître les actions à établir au quotidien. [Il me faut] savoir si mon équipe est heureuse d’aller travailler lorsqu’elle se lève le matin. Une fois qu’on a mis ça au cœur de notre approche, ça devient une politique de Ressources Humaines: s’assurer du bien-être et du bonheur des employés, explique-t-elle. Le ou la Chief Happiness Officer organise des activités et porte une attention particulière aux employés pour être capable de voir si telle personne est plus éteinte que d’habitude. Il faut connaître son équipe pour remarquer ces changements et offrir une oreille.»

Pour Marijane Moreau Peterson, l’exemple parlant est celui d’un.e employé.e qui arrive en retard au travail tous les matins. Un bon CHO creuse le problème à la base, s’adapte, plutôt que de sanctionner par réflexe. De plus, Marijane Moreau Peterson sait qu’elle n’est pas médecin ou psychologue. Reconnaître la limite professionnelle fait aussi partie de ses codes préétablis. 

Et si un.e employé.e traverse une période de dépression ou de détresse psychologique? «Ma job est d’écouter et de trouver avec lui ou elle la bonne ressource qui va pouvoir l’aider. Est-ce que ça devrait être un psychologue? On va sur le site de l’ordre des psychologues pour en trouver, je montre les ressources. Pareil pour un médecin, confirme-t-elle. Je peux t’appeler un taxi, prends tes affaires, on s’occupe de tout. Ce sont des petits détails comme ça qui font toute la différence.»

Marijane Moreau Peterson, responsable du bonheur pour INEAT Canada. Crédit: Mathieu Pedneault.

S’il n’y a pas de règles précises à suivre, encore moins de formation toute tracée pour devenir CHO, un certain type de personnalité se distingue tout de même. Celle d’une personne à l’écoute, empathique, créative. «Ça prend une ouverture sur les relations interpersonnelles. Il faut une personnalité éclectique, quelqu’un qui aime parler, mais qui a aussi le côté marketing, publicité et fun, poursuit Marijane Moreau Peterson. Extraverti, mais pas trop, pour tempérer son propre niveau de bonheur et s’assurer de celui de l’équipe.»

«L’innovation dans ce métier est qu’on cristallise le bonheur des employés à travers un individu qui en devient le porte-étendard.»

Une profession en construction

Quelle est donc la distinction à faire entre responsable du bien-être de l’équipe et responsable des Ressources Humaines? 

Pour Gabriel Campeau, «l’innovation dans ce métier est qu’on cristallise le bonheur des employés à travers un individu qui en devient le porte-étendard, la personne à aller voir. Son lien privilégié est avec les employés. Il n’y a pas la dichotomie d’un RH qui châtie et félicite.» D’où l’importance pour M. Campeau de faire appel, comme avec CHO SVP, à des consultants externes à l’entreprise. 

Un avis qui n’est pas partagé par Marijane Moreau Peterson, dont le second poste de directrice Culture et Talents correspond à celui de directrice des Ressources Humaines. «On ne peut pas avoir une personne dédiée au bonheur dans une entreprise si l’axe RH ne mise pas déjà sur l’humain, pense-t-elle. Ça part de l’entreprise: quel lien le responsable du bonheur est-il capable d’avoir avec son équipe et comment le bien-être est-il placé au centre? Pourquoi avoir un.e CHO si on ne lui donne pas de budget, qu’on trouve que ses idées ne sont pas les bienvenues?»

Celle qui occupe le double poste admet qu’il faut une entreprise déjà ouverte d’esprit pour y insérer un tel métier. Selon elle, ce poste ne vole rien aux Ressources Humaines, mais prend en charge une partie de leurs tâches, comme organiser des [email protected] ou le party de Noël.

Si une chose est certaine pour les deux intervenants, c’est que le responsable du bonheur reste un électron libre.

Le poste de responsable du bonheur est encore peu développé dans les entreprises du Québec.

Vers un travail plus satisfaisant?

Pour le fondateur de CHO SVP, la conception du bonheur au travail en entreprise a encore du chemin à faire. «Ce n’est pas rare qu’on entende encore la fameuse table de baby-foot comme la référence de la satisfaction des employés quand on sait que c’est plus complexe que ça, exprime l’entrepreneur. Il y a encore de l’éducation à faire pour que les gens perçoivent la valeur de ce métier qu’il faut voir comme un investissement.»

En effet, dans l’embauche d’un massothérapeute au travail, perçue comme une dépense, Marijane Moreau Peterson préfère y voir un résultat, à la fin de l’année, qui équivaut à moins de réclamations avec les assurances, de médicaments ou de visites chez le médecin. En somme, il s’agit de «prévenir plutôt que guérir.»

Marijane Moreau Peterson est devenue CHO par le biais de son entreprise française. Le modèle outre-Atlantique compte justement parmi les influences de Gabriel Campeau pour CHO SVP. 

«On a échangé avec la fondatrice du club des CHO en France, qui comprend 250 membres, dont de grandes sociétés comme Orange. Qu’est-ce qui explique qu’au Québec les Bell Canada, Desjardins ne font pas partie d’un tel club?», lance Gabriel Campeau. Pour ce sociologue de formation, le climat de travail plus tendu en France est une partie de réponse. «Le mouvement des CHO devient un contre-balancier au mouvement patronal. Celui-ci n’est pas aussi présent ici, il y a moins de place pour un contre-mouvement», admet le fondateur.

Ici, le métier en est encore à sa genèse, mais CHO SVP prévoit de mettre de plus en plus d’«agents du bien-être» en relation avec des entreprises locales.

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