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ÉtOH Brasserie : treize ans à brasser l’esprit de quartier dans Villeray

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Lorsqu’on parle de microbrasseries québécoises, les discussions tournent souvent autour des styles de bière, des nouvelles tendances ou des défis économiques de l’industrie. Pourtant, certaines entreprises se distinguent moins par leur volume de production que par leur capacité à devenir des points d’ancrage dans leur communauté.

C’est le cas de l’ÉtOH Brasserie, un brewpub situé dans le quartier Villeray à Montréal, qui célèbre aujourd’hui près de treize années d’existence.

Rencontrée à la Microbrasserie À La Fût lors du brassage collaboratif de La Fauteuse de trouble, Mireille Bélanger, brasseuse et copropriétaire de l’établissement, revient sur l’histoire d’un projet né entre amis et devenu au fil du temps une véritable institution de quartier.

Les Affaires Brassicoles #551 | La Fauteuse de trouble : ÉtOH Brasserie

Une histoire d’amitié et de fermentation

Avant d’être une microbrasserie, l’ÉtOH est d’abord le résultat d’une passion commune.

« On était une gang d’amis », explique Mireille Bélanger.

Avec son frère et deux amis d’enfance, elle partage depuis longtemps un intérêt pour les produits artisanaux, la transformation alimentaire et les processus de fermentation.

« On faisait un peu de tout : du prosciutto, des saucisses, du fromage. La bière s’inscrivait naturellement là-dedans. »

À l’époque, les quatre associés cherchèrent un projet rassembleur. Le mouvement des microbrasseries est encore loin d’avoir atteint l’ampleur qu’on lui connaît aujourd’hui.

Créer un lieu avant de créer une marque

Dès le départ, la vision des fondateurs est claire : construire un lieu de rassemblement pour le quartier.

Située dans Villeray, l’une des zones les plus dynamiques de Montréal, l’entreprise se développe autour d’une philosophie simple : offrir un endroit accueillant où les gens du voisinage peuvent se retrouver.

« On voulait un bar de quartier », résume Mireille.

Cette approche continue de guider les décisions de l’équipe aujourd’hui.

Contrairement à plusieurs microbrasseries qui misent sur la distribution à grande échelle, l’ÉtOH demeure avant tout un brewpub. La majorité de la production est consommée sur place, dans un espace conçu pour favoriser les échanges.

Avec environ 115 places assises, une terrasse estivale et un grand comptoir central, l’établissement a développé une clientèle fidèle qui revient autant pour l’ambiance que pour les bières.

Une scientifique devenue brasseuse

Le parcours de Mireille vers le brassage n’était pas tracé d’avance.

Avant de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, elle travaillait en recherche scientifique dans le domaine de la biologie.

Cette formation influence encore aujourd’hui sa façon d’aborder le brassage.

« J’ai toujours été fascinée par la fermentation. »

Au-delà de la bière, elle s’intéresse à tout ce qui implique des cultures vivantes, des transformations biologiques et des processus naturels.

Le brassage maison devient rapidement un terrain d’expérimentation.

Avant même d’installer leur propre équipement, l’équipe de l’ÉtOH passe plusieurs années à produire ses recettes dans différentes brasseries partenaires.

Cette période leur permet d’observer divers systèmes de production et de comprendre les réalités opérationnelles de plusieurs modèles d’affaires.

Une expérience précieuse lorsqu’arrive le moment de concevoir leur propre installation.

Brasser dans un espace limité

Comme plusieurs entreprises montréalaises, l’ÉtOH doit composer avec une réalité bien connue : le manque d’espace.

Le système de brassage est intégré directement au brewpub, visible depuis la salle principale.

Les clients peuvent observer les cuves de fermentation pendant leur visite, renforçant ainsi le lien entre la production et la consommation.

L’organisation des lieux relève parfois du casse-tête.

Chaque mètre carré est optimisé afin de maximiser la capacité de production sans sacrifier l’expérience client.

Cette contrainte a toutefois poussé l’équipe à faire preuve de créativité.

Une expérience de dégustation différente

L’une des particularités de l’ÉtOH réside dans son système de service à températures variables.

Alors que la majorité des établissements servent toutes leurs bières à peu près à la même température, le brewpub montréalais a choisi une approche différente.

Certaines bières sont servies à 4 °C, d’autres à 8 °C ou même à 12 °C.

L’objectif est simple : permettre à chaque style d’exprimer pleinement ses arômes.

Les Lagers et les Pilsners gagnent en fraîcheur à basse température, tandis que les Stouts, les bières barriquées ou les créations plus complexes révèlent davantage de nuances lorsqu’elles sont servies légèrement plus chaudes.

Cette attention portée à l’expérience de dégustation témoigne de la volonté de l’équipe d’aller au-delà du simple produit.

Un quartier en transformation

En treize ans, Villeray a considérablement changé.

Lorsque l’ÉtOH s’installe dans le secteur, l’offre commerciale est encore limitée.

Aujourd’hui, cafés spécialisés, buvettes, boulangeries artisanales et restaurants indépendants participent à la vitalité du quartier.

Cette transformation a ses avantages.

Elle attire une clientèle diversifiée et contribue à faire rayonner le secteur.

Mais elle apporte aussi son lot de défis.

L’augmentation des loyers commerciaux et résidentiels modifie progressivement la composition démographique du quartier, influençant du même coup les habitudes de consommation.

La nouvelle réalité du marché

Comme plusieurs acteurs de l’industrie, Mireille observe une évolution marquée dans la relation des consommateurs à l’alcool.

« Les gens sont beaucoup plus sensibles aux taux d’alcool qu’avant. »

Pendant longtemps, les clients demandaient quelle était la bière la plus forte.

Aujourd’hui, la question inverse revient de plus en plus souvent.

Les bières plus légères, les produits sans alcool ou à faible teneur alcoolique gagnent en popularité.

Pour les brasseurs, cette tendance représente à la fois un défi technique et une occasion d’innover.

L’ÉtOH adapte progressivement son offre afin de répondre à ces nouvelles attentes sans renoncer à son identité.

Garder la bière accessible

À cette transformation des habitudes s’ajoute une pression économique constante.

Hausse des matières premières, augmentation des salaires, inflation des coûts d’exploitation : les défis sont nombreux.

Pour une entreprise qui se définit comme un véritable bar de quartier, maintenir des prix accessibles demeure une priorité.

« On veut rester un endroit accessible », souligne Mireille.

Cela implique une gestion plus rigoureuse des achats, une négociation constante avec les fournisseurs et une attention particulière aux coûts de production.

Un exercice délicat dans un contexte où les marges se resserrent partout dans l’industrie.

Une présence à La Fauteuse de trouble

La participation de Mireille au projet La Fauteuse de trouble s’inscrit naturellement dans cette volonté de collaboration qui caractérise le milieu brassicole québécois.

Au-delà de la bière elle-même, ces rencontres permettent de créer des liens entre professionnelles de différentes régions, de partager des expériences et de réfléchir collectivement aux enjeux du secteur.

Dans une industrie qui continue d’évoluer rapidement, ces espaces d’échange deviennent aussi importants que les innovations brassicoles elles-mêmes.

Treize ans après son ouverture, l’ÉtOH Brasserie demeure fidèle à sa mission initiale : offrir un lieu où la bière sert avant tout de prétexte à la rencontre. Et dans un monde où tout va de plus en plus vite, cette philosophie semble plus pertinente que jamais.

8100 R. Saint-Denis, Montréal | http://etohbrasserie.com/ 

 

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