Au fur et à mesure que les habitudes de consommation changent, l’intérêt pour les boissons de qualité et pour de meilleurs vins augmente. L’industrie vinicole canadienne a connu une transformation remarquable au cours des deux dernières décennies. Autrefois acteur relativement marginal sur la scène œnologique mondiale, le pays est en pleine croissance; ses vins étant de plus en plus reconnus et acclamés. Aujourd’hui le Canada, avec 9,985 millions de km2, possède 12 308 hectares de vignobles et 730 domaines viticoles (950 si on compte les domaines produisants des vins de baies). Cela représente 656 000 hl de vin produit chaque année, majoritairement en Ontario et en Colombie britannique. Entretien avec Jan-Philippe Barbeau (Fermentis) pour explorer l’évolution du paysage vinicole canadien.
Jan-Philippe, parlez-nous du vin au Canada et de son évolution au cours des 20 dernières années ?
Le Canada est un territoire viticole intéressant, car c’est un pays vaste, avec des conditions climatiques différentes. Les côtes Est et Ouest offrent les conditions les plus favorables à la viticulture , tandis que les régions au Nord et centrale ont des climats plus difficiles et plus froids. Au moment de la rédaction de cet article (printemps 2025), on comptait environ 950 caves, dont environ 750 produisent du vin à partir de raisins et les autres à base de fruits. Dans les zones peu adaptées à la viticulture, il y a encore pas mal de vins à base de baies. En 1988, un accord commercial a été signé avec les États-Unis reconnaissant la nécessité de remplacer les cépages indigènes par des variétés vinifera. Depuis, malgré la relative jeunesse du vignoble, la qualité des vins canadiens s’est améliorée. En 2022, l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin) a classé le Canada au 50ème rang des producteurs de raisin, au 29ème rang des producteurs de vin, au 7ème rang des importateurs et au 12ème rang des exportateurs. Le Canada exporte annuellement environ 20 000 hL, principalement vers la Chine, les États-Unis, la Corée du Sud, les Pays-Bas et le Japon.

À quoi ressemble le marché intérieur de la consommation de vin ?
La consommation de vin ralentit, avec une consommation d’environ 15 L par habitant en 2024 contre 20 L en 2010. La pandémie de Covid a frappé de nombreux producteurs, certains vins ont été particulièrement touchés. Le nombre de domaines producteurs de vins effervescents est passé d’environ 100 à seulement 10 aujourd’hui; même scenario pour la production de vin de glace (Icewine) en Ontario, elle est passée de 500 000 litres à 50 000 litres. Au fur et à mesure que les habitudes de consommation changent, l’intérêt pour les boissons de qualité et les meilleurs vins augmente.
La tendance des boissons à faible teneur en alcool s’accentue-t-elle ?
La tendance à la consommation de produits à teneur réduite en alcool semble se développer au Canada, comme partout ailleurs dans le monde. La pandémie a peut-être été un tournant. Mais c’est arrivé à une époque où la jeune génération a tendance à consommer moins d’alcool, et le vin perd sa caractéristique d’aliment pour devenir un produit de qualité supérieure, dont la consommation est parfois réservée aux grandes occasions.
Quelle est la concurrence avec les autres boissons alcoolisées, comme la bière ?
Le Canada a un panorama de boissons plutôt équilibré, avec en tête la consommation de bière (environ 36 % de l’alcool consommé) et le vin en deuxième position (environ 31 %), et les spiritueux en troisième position (environ 20 %). Le panorama des boissons consommées au Canada est assez équilibré : 36% bière, 31% de vin et 20% de spiritueux.

Que peut-on attendre des récentes politiques tarifaires imposées par les États-Unis ?
Les changements politiques et les tarifs commerciaux pourront peut-être affecter les exportations canadiennes, mais il est probable que les mêmes tarifs soient imposés aux vins américains importés au Canada. Il est difficile de prédire l’issue de telles politiques, mais il est possible d’imaginer que les Canadiens se concentreront davantage sur leur production nationale de vin plutôt que sur l’importation (du moins des États-Unis).
Quels sont vos vins canadiens préférés ?
Je connais un très bon vin blanc, « Tightrope Sauvignon Blanc Sémillon 2022 », issu d’un assemblage de Sauvignon Blanc et de Sémillon, deux moûts distincts, qui offrent un grand vin blanc typé thiols. Pour les rouges, « Osoyoos Larose Le Grand Vin 2019 » est un excellent vin rouge, structuré, avec des notes de baies, de cassis et de vanille. Il est élaboré à partir d’un mélange de raisins Caberet Sauvignon, Cabernet Franc et Verdot. Et, bien sûr, je dois mentionner un vin spécial « L’élévation » à base de cépages Marquette et Petite Perle. Ce vin est élaboré dans la modeste cave Di-Vin au Québec. Il possède de belles notes d’eucalyptus et de cerise.
Quel conseil donneriez-vous aux producteurs de vins du monde entier ?
Même si les producteurs de vin sont confrontés à une période d’incertitude, je pense qu’il y a encore un énorme potentiel pour produire du vin de qualité et augmenter les ventes. Je crois fermement que les producteurs de boissons qui sont passionnés, résilients et qui connaissent leur marché local réussiront à produire les boissons de qualité dont leur marché a besoin. D’ailleurs, ce sont les mêmes valeurs partagées par nos équipes chez Fermentis. Nous sommes passionnés par les boissons fermentées et prêts à faire notre part en ces temps difficiles.


