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Les éditions de Ta Mère: neuf ans de couvertures colorées et de récits particuliers

Les éditions de Ta Mère: neuf ans de couvertures colorées et de récits particuliers

Difficile de résumer Ta Mère en 500 mots. Il y a tant à dire. C’est qu’en neuf ans, la jeune mais de plus en plus expérimentée maison d’édition a accumulé les histoires, faisant au passage paraître 24 livres de récits singuliers. Baron a profité de la réédition du tout premier roman de la maison, Vers l’est de Mathieu Handfield, pour croquer le portrait de Ta Mère. Compte-rendu.

« On aime les auteurs qui éclatent leur médium, qui éclatent leurs inspirations », affirme d’emblée Maxime Raymond, directeur littéraire, rencontré dans Villeray en compagnie de Maude Nepveu-Villeneuve, adjointe à l’édition. Entre Igor Grabonstine et le Shining » et Les Fausses couches, deux romans assez éloignés dans le continuum des enfants de Ta Mère, Nepveu-Villeneuve admet que la collection est parfois « difficilement rattachable dans quelque chose de commun », mis à part pour le « travail de la voix narrative », toujours poussé le plus loin possible dans sa singularité.

Au même titre que cette voix distincte, la qualité du récit et la capacité à se sortir de soi-même prime dans les histoires présentées. « Des personnages d’auteur qui veut écrire un roman pis qui rushe à sa job, rien à chier! s’exclame Raymond. Ça m’intéresse pas. » Un peu paradoxalement, le livre Sports et Divertissement, de Jean-Philippe Baril-Guérard, un enfant fidèle de Ta Mère, flirte avec l’autofiction et connait sans conteste la plus grande résonnance médiatique et commerciale de la maison. Pour Raymond, ce qui importe, c’est « de pas avoir à connaître l’auteur avant de lire le livre pour bien [l’]apprécier ».

Un autre trait marquant unissant tous les livres de Ta Mère est la signature visuelle très forte, en très grande majorité signée Benoit Tardif. Comme le dit si bien Mathieu Handfield, qui bénéficie avec la réédition de Vers l’est d’une deuxième couverture illustrée par Tardif, « c’est vrai qu’on juge pas un livre à sa couverture, mais pour vrai, un peu quand même ». Pour lui, le regard à la fois intelligent et un peu décalé de Tardif sont « vraiment un gros point pourquoi [il veut] rester chez Ta Mère tout le temps ».

C’est d’ailleurs grâce à Ta Mère que Tardif s’est frotté au métier d’illustrateur et a développé son style si unique: « Si ça avait pas été de la maison d’édition, j’aurais jamais osé essayer de faire de l’illustration. Pour moi c’est le point de départ de tout ce que je fais maintenant. » Un aveu surprenant qui témoigne du flair de Ta Mère et de sa confiance envers celui dont le talent a maintes fois été récompensé par des prix, ici comme à l’international. Pour la réédition de Vers l’est, il a pu revisiter l’oeuvre qui a véritablement marqué le début de son style si particulier: « C’était important pour moi qu’il y ait une relation entre le premier livre et le deuxième livre, mais c’était aussi important pour moi qu’il y ait une nouvelle interprétation. »

De savoir que ses créations allaient être publiées et rencontreraient un public ont aussi beaucoup aidé Benoit Tardif dans la recherche de son style: « Quand tu travailles pour un livre que tu sais qui va être imprimé, qui va être distribué en librairie, qui va avoir une certaine visibilité, qui va finir par être une vraie chose… Ça me motivait ben gros. Ça me motive encore d’ailleurs. » Cette motivation a aussi joué pour l’auteur novice qu’était Mathieu Handfield à l’époque de Vers l’est, qualifiant la confiance de la maison d’édition pour ses projets un peu étranges de précieuse.

Une autre grande force de Ta Mère se trouve dans le travail de direction littéraire de Raymond. Il « a vraiment une vision globale de la construction narrative, des livres », commente Nepveu-Villeneuve « avec toute l’objectivité dont [elle] est capable » (les deux forment un couple). « Il réussit vraiment à pousser l’auteur à réfléchir différemment à son texte. Quand moi je prends le relai après son travail, je vais vraiment aller plus dans le détail stylistique ». Handfield complète: « À force de travailler avec lui, c’est devenu un team d’écriture. Maxime, son gros talent, c’est d’être capable de prendre ton idée et de spinner autour ».

Pour Raymond, il s’agit de la meilleure partie du rôle d’éditeur: « C’est le fun, recevoir la boîte de livres et tout. Mais si c’était tout ce qu’on aimait, on serait imprimeur, pas éditeur. »

La réédition de ce premier roman, Vers l’est, témoigne du chemin parcouru: « On voit vraiment comment on travaille mieux qu’on travaillait à l’époque », commente Raymond, d’où le désir de « le réactualiser dans la collection d’aujourd’hui et le ramener à la qualité des livres qu’on fait aujourd’hui ». Pour l’auteur, il s’agit aussi d’une bonne nouvelle puisque cela permet « que les gens puissent, en fouillant dans mes vieux livres, tomber sur ça. […] C’est ce que je souhaite, que Vers l’est puisse trouver ces lecteurs-là, qui aiment les affaires que je fais mais qui connaissent pas ce projet-là », en étant à nouveau en circulation.

Dans la sacoche de Ta Mère pour l’année qui vient, trois projets sont confirmés. D’abord, La remontée, deuxième roman de Maude Nepveu-Villeneuve, qui sera suivi par le troisième essai de la série Pop-en-stock: Les filles aussi jouent de l’air guitar. Une biographie philosophique de Michael Bay par Mathieu Poulin, au titre poétique Des explosions: Michael Bay ou la pyrotechnie de l’esprit, viendra compléter les sorties de l’automne.

« On va se concentrer sur ce qu’on fait le mieux, et je pense que c’est les récits et les romans », conclut Maxime Raymond. Sans oublier les jeux de mots avec Ta Mère, activité qui leur procure encore beaucoup de plaisir, même après neuf ans.

Les éditions de Ta Mère
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Crédits photos:
photo en-tête: Vers l’est à gauche: Cindy Boyce
Vers l’est à droite: Maryse Boyce
photos corps de tête: Maryse Boyce

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