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Marseille, haut lieu de l’art en 2013 ?

Marseille est, pour plusieurs, la capitale de la pétanque. À moins que ce ne soit celle du pastis. Rarement pense-t-on à ce port du sud de la France comme un pôle artistique ou culturel. C’est là tout le défi dont a hérité la ville lorsqu’elle à décroché, en 2008, le titre de Capitale Européenne de la culture 2013 (mp2013).

Les Marseillais retiennent leur soufflent et attendent, non sans scepticisme, l’inauguration des très impressionnants MuCem (Musée des Civilisations Europe Méditerranée) et CeReM (Centre Régional Méditerranée). Mais ceux qu’ils attendent au tournant, ce sont surtout les politiques. Les 15 dernières années, marquées par les trois mandats du maire de droite Jean-Claude Gaudin, ont laissé une culture à la dérive au profit de l’économie ou du sport. Les habitants de la deuxième ville de France se demandent un peu si l’érection de nouveaux musées va vraiment donner à cette ville populaire et bigarrée une vraie vision culturelle, capable de la faire entrer dans la course aux côtés de Paris ou de Lyon.

Même au Québec, on connaît pourtant les talents de Marseille, au-delà des films de Fernandel. En rap par exemple, des groupes comme IAM ont dans les années 90 soufflé jusqu’à Montréal un vent nouveau dans la musique francophone. La ville aurait pu devenir la capitale européenne du rap, s’il en avait été décidé ainsi. À la place, on a misé sur l’exportation du soccer, du folklore. Pourtant, Marseille partage avec sa cousine québécoise un fort penchant pour la danse, le théâtre, le cirque ou les arts de la rue. Cette ville dont on connaît finalement peu hormis quelques clichés est réellement vibrante de talents, mais le saviez-vous seulement ? Probablement pas, et c’est normal.

Le « coup d’éclat » ou « coup d’espoir » MP2013, selon l’avis de chacun, en doit en fait à Robert Vigouroux qui, il y a une vingtaine d’années, a joué la carte de la culture pour Marseille. Prédécesseur du maire actuel, il avait alors inauguré le Musée d’art contemporain de la ville et donné aux artistes un lieu, la Friche la Belle de Mai, un joli nom pour désigner cette ancienne manufacture de tabac reconvertie en ateliers d’artistes et en lieu de création. Là se sont logés plasticiens, photographes ou encore cinéastes, produisant depuis lors un travail remarqué et reconnu.

Aujourd’hui, malgré un look encore rebelle et des subventions au compte-goutte, la Friche est devenue une sorte d’institution. On y crée toujours, on y voit des expositions ou des festivals de cinéma, et on y offre même des résidences pour les artistes internationaux. Nul doute que MP2013 va aussi passer son petit coup de peigne dans les mèches folles de la Friche ; les rénovations d’ateliers ont déjà commencé. « Tant mieux, mais après ? » se demandent les artistes qui voient se réaliser des chantiers tape-à-l’oeil sans par ailleurs décrocher de budget pour leurs projets individuels.

Les artistes doutent, et les autres aussi. Mais pas pour la même raison : « Injecter de l’art « bobo » dans cette ville tout sauf lisse ?, disent certains. Exciter les gens avec du Buren, alors qu’ils se heurtent aux rayures, non de l’artiste, mais bien des grilles du musée de la Vieille Charité, fermé à des heures aléatoires, faute de budget ? »

Forcément, on est en Méditerranée, alors les voix s’élèvent (fort). D’un côté, on souhaiterait que les acteurs politiques investissent pour de bon et durablement dans une scène artistique injustement vacillante. De l’autre, on estime que la culture n’est finalement pas la priorité de cette ville touchée par 14% de chômage et par certains problèmes d’insécurité. Le projet MP2013 serait-il une ruse « clientéliste » visant à gentrifier Marseille pour en faire un nouveau Nice, une sorte de banlieue ensoleillée à seulement quelques heures en train des autres grandes métropoles françaises et européennes ?

Ceux qui ne sont pas au coeur des vindicatives se réjouissent malgré tout que la culture se fraye un chemin dans cette ville qui évoque toujours, surtout chez les Québécois, quelque chose de sympathique. Clairement, les touristes seront les grands gagnants de la partie. Car si MP2013 sert effectivement de levier économique, il sert en même temps de levier urbanistique : nouveau tramway, extension des lignes du métro, simplification du système des trains régionaux, réfection des espaces publiques… ce bain de vie chaotique et coloré qu’est Marseille en avait tout de même besoin.

Sur les quais du Vieux-Port en passe de devenir en partie piétons, on entend déjà une abondance d’accents allemands, britanniques et… québécois. Il n’y aura jamais eu autant de visiteurs dans cette ville bimillénaire plus connue pour son bagou et son métissage que des promenades proprettes enviées (ou pas) à ses voisines comme Nice ou Cannes. Et si cette modernisation permet de tourner les regards vers les initiatives artistiques et culturelles qui fourmillent dans la ville, tant mieux. Marseille pourrait même se surprendre à attirer des artistes curieux de puiser leur inspiration dans ses métissages et son tempérament.

En somme, Marseille change. Que la deuxième ville de France devienne un haut pôle culturel à rayonnement international, ou qu’elle demeure la cité phocéenne brute mais étonnante qu’elle est depuis longtemps, elle vaut aujourd’hui le détour. Ne serait-ce que pour assister à cette mutation, ou pour goûter aux passions qui l’entourent. Au moins ces passions auront-elles un bon goût de soleil et d’anis. C’est déjà ça.

 

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